Sugestão de citação: Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele] (Ed.): "Discours LXXXV.", em: Le Mentor moderne, Vol.2\085 (1723), S. 292-297, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4285 [consultado em: ].


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Discours LXXXV.

Citação/Divisa► Natos ad flumina primum.
Deferimus, fævoque gelu duramus & undis.

Virg.

Nous portons d’abord nos Enfans nouveaux-nez aux rivieres & nous les endurcissons en les plongeant dans l’eau la plus froide. ◀Citação/Divisa

Nível 2► Je me fais une occupation continuelle de chercher dans mon esprit quelque chose qui puisse contribuer au bonheur de mes chers Compatriotes. Comme la saison, où nous sommes les a mis la plûpart en habits d’Eté j’ai porté mes pensées sur un sujet qui concerne tous ceux, qui ne sont pas insensibles au chaud & au froid ; sujet par conséquent d’une utilité très generale.

Il n’y a rien dans toute la nature de plus inconstant, que le Climat de la Grande Bretagne, si vous en excepté l’humeur des habitans ; souvent dans un même jour nous faisons la revûë de toutes les saisons de l’année ; j’ai tremblé de froid dans les jours Caniculaires, & au milieu de Janvier j’ai été obligé de quitter ma camisole : il m’est arrivé de [293] me coucher en Aout, & de me lever en Decembre ; plusieurs fois l’Eté m’a trouvé en drap de Berry ; & l’Hyver en Camelot.

Je me souviens d’un plaisant corps connu sous le nom de faiseur de Postures, qui du temps de Charles second faisoit enrager tous les tailleurs de la ville. Souvent il faisoit venir un de ces Messieurs, pour lui commander un habit, & il se plaisoit a paroitre devant lui avec une énorme Elevation sur une de ses épaules ; Lorsqu’on lui apportoit l’habit en question la coline étoit changée de place, & brilloit dans toute son étendue sur l’épaule opposée ; Le Tailleur ne manquoit point de croire de bonne foi, qu’il s’étoit trompé, de demander pardon de sa méprise, & de courir au plus vite chez lui pour reparer sa faute ; mais quand il vouloit essaïer ce malheureux habit pour la seconde fois, il trouvoit a notre homme les Epaules aussi plattes qu’il étoit possible, & une taille faite a peindre, excepté une petite bosse au beau milieu du dos ; En un mot, cette humeur ambulante faisoit perdre l’esprit à tous ceux qui se méloient d’habiller une figure si sujette aux plus bizarres changemens. [294] Que mon Lecteur en fasse l’application s’il lui plait, à un tailleur assez hardi pour entreprendre de faire un habit propre à une des saisons de notre climat Anglois.

Cette inconstance de notre air m’a fait faire les réflexions suivantes. Il seroit bon de faire ensorte, que notre corps ne fût pas trop tendre pour notre Climat, & de l’endurcir assez pour pouvoir soutenir un degré de froid plus grand, que celui que nous pouvons avoir à craindre dans le tems le plus rude.

L’experience fait voir que la coutume peut donner au corps humain une trempe capable de resister au plus grand froid, aussi-bien qu’au plus grand chaud, & generalement à toutes les differentes constitutions de l’air. Les habitans de la nouvelle Zemble vont tout nus sans se plaindre du froid, qui leur est familier, & les Armées des peuples Septentrionaux restent en Campagne pendant tout l’Hiver. Les plus délicates d’entre nos Dames Angloises exposent à l’air, en tout tems, leurs bras, & leur gorge, ce que nos hommes, faute d’y être accoutumez, ne sauroient faire sans attraper quelque [295] rhume. Pour quoi par une coutume pareille tout le corps ne pourroit-il pas parvenir au même degré de dureté. Un Schythe, à qui on demandoit comment il étoit possible, que ses compatriottes allassent nus dans un Païs si excessivement froid, répondit : c’est que tout notre corps est visage ; il avoit raison, & le fameux Mr. Lock conseille aux Peres & aux Meres de faire laver tous les matins les pieds de leurs enfans avec de l’eau froide ; conseil qui prolongeroit la vie d’un grand nombre de personnes, si on vouloit bien le suivre.

Je suis très persuadé que des bains froids seroient quelque chose d’excellent si l’on s’en servoit dans la premiere jeunesse ; Exemplum► c’est par là qu’on rendroit son corps à l’épreuve des injures de l’air, & que tous les hommes deviendroient des especes d’Achilles.

La fable nous dit que ce Heros encor Enfant fut plongé par sa Mere dans le Styx, & que par cette immersion il devint invulnerable par tout le corps, excepté le talon, par où Thetis l’avoit tenu, dans le tems qu’elle procuroit cet avantage au reste de ses membres ; ◀Exemplum que fait-on si cette fiction Poetique prise au rabais ne signifie pas, qu’elle avoit [296] endurci le corps de son fils en le plongeant dans de l’eau froide ; quoi qu’il en soit, nous employons pour conserver notre santé, une methode bien éloignée de celle-là ; nous travaillons continuellement à nous délicater par de grands feux, & par des habits bien chauds ; l’air dans nos appartemens à d’ordinaire deux ou trois dégrez de chaleur de plus, que l’air que l’on respire dans la rue ; & c’est-là la source inépuisable de fluxions, & de Rhumatismes.

Retrato alheio► Crassus est un vieux Lethargique malade de Profession depuis vingt-ans. Pendant tout ce temps la il n’a êté habillé que de Frise de la même couleur, & de la même piece ; Il s’imagine qu’il trouveroit sa mort dans toute autre étoffe, & quoique son avarice lui conseille de porter ses habits, jusqu’a ce qu’ils montrent la corde, il n’oze pas le faire de peur de s’enrhumer : il ne sauroit non plus vivre sans son habit de frise, que sans sa peau ; on pourroit même l’appeller sa peau exterieure. ◀Retrato alheio

Autorretrato► Quelle difference entre ce pauvre vieillard, & moy ; C’est la marque distinctive de toute notre famille, d’être dur & robuste, & de defier la glace, [297] le froid, & tout ce que l’air engendre de pernicieux pour les autres corps humains.

Mon Grand Pere a vecu jusqu’a l’age de cent ans, sans avoir jamais toussé, & nous savons par une tradition domestique, que mon Bisayeul agé de quatre vingts ans marchoit dans les rues nu tête, & la poitrine decouverte ; Pour moi, j’ai été, dans mon enfance, saucé tant de fois dans l’eau froide depuis la tête jusqu’aux pieds, que je mets le mauvais temps a pis faire, & que je puis passer pour le plus dur de toute notre famille ; je me considere comme une piece d’acier de la meilleure trempe, & je puis dire avec le scythe, dont j’ai parlé, que tout mon corps est visage. ◀Autorretrato ◀Nível 2 ◀Nível 1