Zitiervorschlag: Laurent Angliviel de la Beaumelle (Hrsg.): "Amusement XXXV.", in: La Spectatrice danoise, Vol.1\035 (1749), S. 297-393, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4216 [aufgerufen am: ].


Ebene 1►

Amusement XXXV.

Ebene 2► Ebene 3► Brief/Leserbrief► Madame la Spectatrice !

« La belle ode que Vous avés donnée au Public a extrèmement plu. Mais elle a trouvé des critiques. Quelques uns de ces prétendus connoisseurs, dont Copenhague fourmille, ont cru y trouver des défauts ; & quoiqu’ils n’aïent peut-ètre pas apperçu ceux qui y sont réellement, ils l’ont condamnée comme détestable, précisement parceque vous l’avés beaucoup loüée : sur cette décision, je l’ai examinée avec plus d’attention ; j’ai cru, que si elle n’étoit remplie que de faux brillans, si ordinaires dans les Poëmes François, cet éclat disparoitroit, l’enchantement se dissiperoit à la troisiéme lecture. Mais, soit mauvais goût, soit prévention, soit vérité, je vous avoüe que plus je la lis, plus je la trouve belle. Que je plains ceux de nos Compatriotes, qui n’entendent pas le Francois ! Quelle foule de beautés sublimes, perduës pour eux ! J’ai lu la Motte & Rousseau ; mais je défie les partisans les plus passionnés de ces deux Lyriques de me montrer une de leurs odes, qui puisse lutter avec celle-là. L’ode à la Fortune a des endroits admirables ; Choisissons le plus beau.

Ebene 4► Le Masque tombe, l’homme reste
Et le Héros s’évanoüit. ◀Ebene 4

Gacon eut beau parodier ces deux vers, & dire :

Ebene 4► A l’éxamen l’enflure reste,
Le sublime s’évanoüit. ◀Ebene 4

Les Connoisseurs critiquérent cette critique, & s’obstinérent [298] à admirer l’élevation frapante de la chute de cette strophe. Mais on peut dire, que cette pensée n’est pas neuve, que le tour même ne l’est pas. Lucrèce avoit dit avant lui, (pardon, Madame, si je cite du Latin)

Zitat/Motto► Eripitur persona, manet res. ◀Zitat/Motto

Ainsi Rousseau n’a pas la gloire de l’invention. Un sçavant, c’est, si je ne me trompe, le P. Brumoy, lui demanda, s’il n’avoit pas eû en vuë cet hémistiche du Poëte Latin ; il lui répondit, qu’oüi ; mais que, par cet aveu, ses deux vers ne pardoient <sic> rien de leur prix, parceque c’est la pensée qui fait l’Orateur, & l’expression le Poëte. Cette raison est, ce me semble, peu solide ; La pensée & l’expression sont également nécessaires au Poete & à l’Orateur.

Ce qui diminuë réellement le mérite de cette idée, c’est que Madame Des-houlièrs l’avoit exprimée avant lui à peu près dans le mème tour, & presqu’avec autant des graces.

Ebene 4► Es <sic> dans l’oisiveté d’une profonde paix
Le Héros n’étoit plus qu’un Homme. ◀Ebene 4

Cette dame dit ailleurs, en parlant du Philosophe,

Ebene 4► Que malgré sa force il montre
L’Homme à travers le Héros. ◀Ebene 4

Elle ajoute plus bas :

Ebene 4► C’est là que l’orgüeil succombe.
C’est là que le Masque tombe,
Qui couvroit tous ses défauts. ◀Ebene 4

Ainsi cette pensée n’est pas neuve. Pétrone l’a exprimée fort heureusement, & l’Abbé Du Resnel l’a rendüe en ce seul vers :

Ebene 4► Ce qui fait le Héros dégrade souvent l’Homme. ◀Ebene 4

Au contraire, L’Auteur de l’ode sur la Mort a quelques endroits non moins sublimes que les deux vers de Rousseau, mais qui sont purement à lui, tels que ceux-ci :

[299] Ebene 4► Poussière ambitieuse, au Néant échappée,

Quels fruits des attentats de ta fatale épée ?
Vaincre, Triompher & Mourir.

Et d’un risible orgüeil j’ose encor me repaître ?

Et je puis, à l’aspect de ce que je vais ètre,
Idolatrer ce que je suis ?

De tant d’hommes fameux voilà donc ce qui reste :

Des Tombeaux, des Cendres, des Vers. ◀Ebene 4

Tous ces traits, & bon nombre d’autres apartiennent en propre à l’Auteur. Dans quel concentrement de pensées n’a-t’il pas fallu qu’il se jettât, pour dire tant de belles choses sur un sujet si rebattu ? Cette piéce a le caractére de beauté, que demande Horace dans un bon ouvrage, je veux dire, qu’elle est nourrie de belles idées, d’un côté si naturelles & si simples, qu’on est surpris de ne les avoir pas trouvées, & qu’on est tenté de dire : j’en ferois bien autant, & de l’autre si bien exprimées, qu’on ne peut, quoiqu’on fasse, en approcher.

Cette Ode a des défauts. Vous l’avés dit ; permettés-moi de les détailler. Je soumets ma critique à votre jugement.

I. Strophe

Ebene 4► J’y touche ; le torrent entraine la victime

Sous le coup qui va l’immoler, ◀Ebene 4

10. Sous le coup fait un son désagréable. 20. Dans ces deux vers, il y a deux métaphores différentes ; le Torrent & le Sacrifice. Cette faute me rappelle ce vers d’Horace ;

Zitat/Motto► Et male tornatos incudi reddere versus, ◀Zitat/Motto

dans lequel le poete Latin met ensemble le Tour & l’Enclume.

[300] II. Strophe

Ebene 4► Je m’incorpore mille morts ◀Ebene 4

Ce vers est extrèmement dur ; telle est la délicatesse du François, qu’il sacrifie souvent l’énergie de l’expression à la douceur & l’harmonie du Métre.

Ebene 4► Et jamais je n’échape au danger qui m’assiége

Qu’à l’aide d’un nouveau danger. ◀Ebene 4

Ceux qui demandent dans un vers de l’éxactitude & de la précision ne la trouveront pas ici. On ne peut excuser ce jamais, qu’en disant qu’il est permis aux Poetes d’outrer les choses. Comme ces deux vers sont sententieux, je ne sai si cette licence peut se justifier.

III. Strophe.

Ebene 4► Bientôt pâle, sanglant ; livide, infect, horrible, ◀Ebene 4

Ici la gradation n’est pas bien observée : On soit <sic>, que dans cette Figure on doit toujours garder pour le dernier terme le terme le plus fort ; ici Horrible est beaucoup plus foible que ne l’est Infect, & Livide presente une image moins vive que sanglant, qui le précède.

IV. Strophe.

Ebene 4► De ce souffle actif qui m’anime,

Qui vit, qui pense en moi, quel sera le destin ?
Du pouvoir de la mort trop illustre victime &c. ◀Ebene 4

Je ne sai, si ces vers ne sont pas un peu entortillés. Un souffle qui anime, le destin d’un souffle, une victime trop illustre du pouvoir, tout cela sent tant soit peu l’enflure ; on y chercheroit envain l’éxactitude grammaticale, éxactitude pourtant essentielle à la Poësie Françoise ; qui ne se permet pas la moindre licence.

Qui pense en moi. Moi signifie mon Ame, si Vous adoptés ce sens, trouvés moi de la Raison dans ces paroles. [301] Un souffle actif qui pense dans mon ame. On dit bien : le Moi qui pense ; mais j’oserai assarer <sic> qu’on ne dit pas : L’Ame qui pense en moi.

Ebene 4► Dieucdes Dieux ! son idée attachée à mon Etre ◀Ebene 4

C’est bien dommage que ton idée attachée forment un son si peu harmonieux !

V. Strophe.

Ebene 4► Torrens de volnpté <sic> ! serez-vous mon partage ?

Au juste seul ils sont promis. ◀Ebene 4

Ces deux vers sont assés foibles. Je doute, qu’on dise, mème en Poësie, promettre des torrens.

Ebene 4► Quoi ? Grand Dieu ! pour jamais le Ciel ou le Tartare ! ◀Ebene 4

Tartare est un mot tout Païen, qui devroit ètre bonni <sic> d’une piéce Chrétienne. L’Auteur est excusable, parcequ’il vit parmi des Catholiques romains, qui, dans plusieurs de leurs hymnes emploient ce terme pour exprimer l’Enfer. Cette Eglise n’a-t’elle pas autant de droit d’adopter les mots que d’adopter les cérémonies païennes ?

VI. Strophe.

Ebene 4► C’est en le déchirant qu’à la terre on arrache

Un arbre trop enracieé <sic>. ◀Ebene 4

Ces deux vers semblent ètre sortis de la forge de Chapelain. Dans les trois strophes suivantes, je ne voi rien qui mérite d’ètre censuré. La X. & la XI. ne sont pas des plus belles, mais elles sont des plus exactes.

XII. Strophe.

Ebene 4► Elle entrouvre son sein - - quel spectacle cette enserre ! ◀Ebene 4

Enserre a été critiqué ; c’est un vieux mot, à-t’on dit, si c’est une faute, l’Auteur l’a faite d’après Rousseau, qui dit dans une de ses Odes sacrées :

Ebene 4► Tout ce que le Globe enserre

Célébre un Dieu Créateur. ◀Ebene 4

[302] Ce Poëte a un assés grand nom pour moderner une expression antique.

Ebene 4► Tel est donc l’ouvrage du tems. ◀Ebene 4

Qu’est-ce donc que ta masse ? Un monceau lamentable &c. Voilà deux donc dans deux vers. Cet adverbe n’est pas poëtique.

XIII. Strophe.

Un censeur pointilleux diroit, que cette Strophe est défectueuse, parceque le Poëte s’est mis au dessus de cette regle de Poësie, qui ordonne que le sens soit parfait après chaque Tercèt ; j’ai mème oüi faire cette remarque ; mais elle sent son Pédant d’une Lieüe à la ronde.

XIV. Strophe.

Ebene 4► Tu commences le sage & la vertu l’achève. ◀Ebene 4

10. Dit-on en bon François ? commencer le sage. 20. Y a t’il une différence réelle entre un homme sage & un homme vertueux ?

Voilà les défauts que mes foibles yeux ont cru apercevoir dans cette Ode. J’aurois pu grossir mes remarques : mais pourquoi vetiller ? On doit, ce me semble, respecter jusqu’aux irrégularités d’un bel ouvrage. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Metatextualität► Un éxamen raisonné des chefs-d’œuvre de la Poësie Françoise & Angloise, seroit très propre à former le goût des jeunes gens & à leur inspirer de l’amour pour les belles Lettres. On verroit insensiblement la Jeunesse s’adonner à l’étude. La connoissance des régles manque seule à bien des Génies que la Nature a semé dans cette Ile, mais, qui, ne viennent pas à bien, faute de culture. Osons espérer, que par les soins bienfaisans de notre Prince, la République Littéraire de Copenhague devenant de jour en jour plus floris-[393]sante, produira des Pascals, des Miltons, des Rollins, des Voltaires. Au moins est-il sur ;

Zitat/Motto► qu’un Auguste aisément peut faire des Virgiles. ◀Zitat/Motto ◀Metatextualität

Billet.

Ebene 3► Brief/Leserbrief► « Allgemeine Erzählung► J’allai avanthier à la Comédie. On y joüoit une piéce de caractére. Je m’amusois à faire des applications. C’est Mr. * *. c’est Mr. * *. Oui, on les joüe surement : chaque trait, je l’appliquois fort éxactement. Tantot ma satyre montoit jusqu’aux Loges, tantot elle desçendoit au Parterre. La plupart de mes connoissances je les avois trouvées peintes dans le premier Acte, soit en beau, soit en laid. On commençoit le second, lorsque j’entendis autour de moi une espèce de bourdonnement. On me nomma ; je l’oüis ; je prétai une oreille attentive ; on me nomma encore. Je m’éxaminai. Je trouvai l’application fort juste ; elle étoit unanime. De peur d’étre montré au doigt, je m’esquivai, & me retirai fort confus chés moi, bien résolu de m’éplucher moi mème, avant que de caractériser les autres. ◀Allgemeine Erzählung

Exhortés, Madame Aspasie, mes Compatriotes à se connoitre avant que de travailler à connoitre leur Voisin. Que de petites malices épargnées, que de médisances arrétées, si une fois vous gagnés ce point sur le Public ! »

Philautie. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Réponse.

Brief/Leserbrief► Demandés moi, Monsieur, une chose possible, & j’y travallerai. Précher aux hommes la Connoissance d’eux-mèmes. c’est perdre le tems en paroles inutiles. Si nous nous connoissions, nous serions plus sévères envers nous-mêmes, plus indulgens envers les autres ; mais en serions-nous plus heureux ?

Aspasie. ◀Brief/Leserbrief

[304] Avis au Public.

Ebene 3► Le sieur Almunabik, Chimiste du Grand Sophy de Perse, fait savoir au Public, qu’il a toutes sortes de spécifiques pour les maladies du corps & pour celles de l’esprit. En voici quelques-uns qui font foi de son habileté.

Fremdportrait► Une jeune Veuve étoit fort incommodée de la Jaunisse ; le savant Almunabik lui donna une prise d’Amour pour un aimable cavalier, qui la lorgnoit depuis lon-tems ; elle fut radicalement guérie dans la huitaine. ◀Fremdportrait

Fremdportrait► Une belle dame se vint plaindre à lui de ce qu’elle avoit les yeux toujours battus. Il lui ordonna de passer au lit les heures qu’elle passoit autour d’un tapis verd, sa prunelle devint plus vive ; sa beauté fut parfaite. ◀Fremdportrait

Fremdportrait► Une Fille, dont la taille n’étoit pas tout-à-fait irréprochable, lui demanda du remède à sa tumeur Hydropique ; il lui conseilla d’aller faire un tour à la Campagne. Quinze jours après, l’Hydropisie disparut. ◀Fremdportrait

Fremdportrait► Un jeune homme étoit sujèt à d’inquiétantes insomnies ; le Chimiste ordonna qu’on lui lut tous les soirs six Lignes d’un livre intitulé : Le T - - - D - - - D - - - L- - - O - - - & lui rendit bientôt le sommeil. ◀Fremdportrait

Fremdportrait► Un Auteur famélique, attaqué de la manie des projèts, fut guéri par 6. bonnes prises d’ellébore. ◀Fremdportrait

Le sieur Almunabik ne négligera rien pour soutenir la réputation que ces Cures admirables lui ont aquises. Il est actuellement occupé à préparer un Elixir, de la vertu & des bons effets duquel, il informera en son tems le Public. ◀Ebene 3 ◀Ebene 2 ◀Ebene 1