Zitiervorschlag: Anonym [Jean Rousset de Missy / Nicolas de Guedeville] (Hrsg.): "N°. XLI.", in: Le Censeur ou Caractères des Mœurs de la Haye, Vol.1\041 (1715 [1714]), S. 321-328, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4027 [aufgerufen am: ].


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N°. xli.

Le Lundi 17. de Décembre 1714.

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Fragment d’une Lettre.

Ebene 3► Brief/Leserbrief► « . . . . . MAis comment nous peut-il (le Censeur) adapter ces Vers ?

Zitat/Motto► Ces Apôtres du tems, qui des premiers Apôtres,

Ne nous font point ressouvenir. ◀Zitat/Motto

Puisqu’il faut être tout à fait prevenu, ou avouer que jamais Clergé n’a mieux ressemblé à ces saints hommes, que le notre, comme eux nous anonçons la Parole, comme eux nous avançons le Regne du Seigneur, comme eux nous soufrons persécution pour la justice, &c. Ainsi c’est bien à tort que ce Critique universel nous ataque aujourd’hui ; croïez-moi, puisque nous ne lui disons rien, il devroit nous laisser en repos, vous savez le Proverbe, il ne fait pas bon de reveiller chat qui dort, si nous sommes si vindicatifs qu’il le dit, pourquoi nous craint-il donc si peu ? . . . . . ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

[322] On voit d’abord de quelle source part ce fragment, qui n’est venu jusqu’à moi que par la troisiéme main, ainsi, s’il y a quelques changemens, l’Auteur illustre ne doit pas me les imputer. Quoi qu’il en soit j’ai une espéce de chagrin de n’avoir que ce Lambeau, car sans doute le Tout doit être curieux. Mais puisque la chose est sans remède contentons-nous de repondre à la question de ce fragment. Entreprendre de raporter toutes les diferences des Apôtres de nos jours, d’avec ceux de l’Eglise naissante, ne seroit-ce pas vouloir composer des in Folio ? je tâcherai donc de me borner à quelques-unes. Ebene 3► La principale que j’y trouve est une injuste acception des personnes. Exemplum► Pierre & Paul prêchoient avec autant de zèle & de soin aux pauvres Pécheurs des Côtes de Cilicie, qu’aux Souverains & aux Principaux des Provinces où ils se trouvoient ; le Juif & le Gentil leur étoit égal ; leur but étoit le salut des Ames, celle d’un Empereur n’étant pas plus precieuse aux yeux de Dieu que celle du plus malhureux Soldat, ces Sts. Hommes emploïoient également leurs peines & leurs soins à instruire le dernier comme le premier. ◀Exemplum En est-il [323] de même aujourd’hui ? O Tems ! O Mœurs ! Quelle inconcevable différence ! Ceci m’a toûjours tenu au cœur, & c’est avec plaisir que je saisis l’occasion de m’en plaindre. Le Seigneur, le Riche Bourgeois, la Veuve de conséquence, sont visitez, sont consolez, souvent même plus qu’ils ne le voudroient : & le pauvre est abandonné à son mauvais destin. On fuit sa cabane ; que dis-je ! on l’ignore, on ne veut pas la connoître ; en proïe à la disette, acablé d’enfans affamez, son ame est pressée de douleur, il n’a ni consolation, ni secours, tous les jours il est exposé au desespoir. On l’y abandonne. On veut ignorer son état, a-t-il assez de courage pour venir chercher des consolations qu’on devroit lui porter, on n’est pas à la maison pour lui. Est-il à l’extrémité, implore-t-il les derniers devoirs, on est malade, s’il faut se lever pour lui, & on le renvoïe impitoïablement de maison en maison jusques chez un ignorant Consolateur. Apôtres ! en agissiez-vous ainsi ? Qu’on ne prétende pas réfuser ceci par un nego prononcé d’un ton absolu, j’ai mille tristes témoins, dont je prends ici la cause. Car enfin, d’où vient cette ignorance générale qui ré-[324]gne parmi tout ce qu’on apelle le petit Peuple ; d’où vient que la plûpart ignorent jusqu’aux plus essentiels de nos Mistéres ? Ces Apôtres modernes passent les semaines, les Mois entiers à polir, à limer, à étudier discours fleuri, les momens de récréation se passent en Sociétez, en promenades, en visites chez les Personnes du premier rang. Hé ! s’il faut des fleurs de Rétorique pour faire recevoir la Vérité ; qu’on établisse des Rhêteurs pour la prêcher, & des Apôtres pour instruire ceux qui n’entendent pas ce langage compassé. Si l’on avoit plus de soin d’enseigner les Enfans, on ne les entendroit pas, lors qu’ils sont plus âgez, faire retenir les ruës de leurs éxécrables blasphêmes ; c’est la semence jettée dans ces terres neuves qui porteroient du fruit en abondance ; mais on se contente de prêcher, à qui ? à des gens qui, pour ainsi dire, n’ont pas besoin de prédication, pendant que ceux à l’instruction desquels on dévroit sur tout travailler, passent les Saints Jours ou à leurs maisons, ou au Cabaret ; pourquoi, parce qu’ils n’entendent point les discours de la Chaire, où l’on parle un autre langage que dans le Commerce ordinaire du monde. St. Pierre aloit-il re-[325]chercher les fleurs d’un Cicéron ou d’un Démosténe, pour persuader ses Auditeurs que le Christ étoit le Messie ; qu’on emploïe aujourd’hui le même langage & on ne verra pas les Cabarets plus pleins que les Temples. Combien de Differences ! ◀Ebene 3 Metatextualität► N’en cherchons pas davantage, & content de ce que nous avons dit par raport au Clergé dans nos discours précedens, mettons-y ici des bornes, & soit par la crainte de la vengeance, ou pour quelqu’autre raison, imposons-nous silence sur tout ce qui les regarde, & après avoir fait des vœux pour les changemens si nécessaires, dans toute leur conduite, passons à quelque sujet, qui, s’il n’est pas si important, merite cependant quelque attention & poura divertir le Lecteur. ◀Metatextualität

Il semble qu’un certain destin vouloit que je m’en prisse aujourd’hui à quelque Auteur, j’éxaminois un nouveau volume chargé d’une longue Preface, qui détruit tout le corps de l’ouvrage, lorsque je reçûs la lettre suivante sur laquelle je n’ai qu’une Reflexion à faire avec La Bruyere ; C’est que Zitat/Motto► la Passion d’écrire est une espece de fureur ; il y en a pour qui ne le pas faire seroit une mortification cruelle. Les Auteurs ont [326] leur démon comme les autres ; Ainsi doit-on nommer la Rage qui les possede de paroître à la Tête d’un mechant Ouvrage, & quand on leur defendroit de composer sous peine de mort, on ne pouroit pas s’assurer de leur obéïssance, tant est furieuse la manie qu’ils ont de multiplier les Volumes. ◀Zitat/Motto

Ebene 3► Brief/Leserbrief► Monsieur,

« Qu’il est agréable de devenir Auteur ? qu’il est doux de transmetre son nom à la postérité ? il faut avouër qu’il y auroit une espéce d’injustice d’être paresseux à cet égard, & de ne pas s’apliquer tout entier à l’éternisation de sa renommée ; si quelqu’un faisoit le contraire n’auroit-t-il pas à se reprocher continuellement d’avoir enfreint les loix les plus raisonnables de l’Amour-propre ? C’est ainsi, mon cher Censeur, que raisonnoit le jeune Eparme renfermé dans son cabinet. Suis-je donc, (continua-t-il) moins spirituel, n’ai-je pas aquis autant de talens que tant d’autres, qui par les productions de leur esprit ont placé leur nom au Temple de la Mémoire ; Plaute, & Térence chez les Anciens, Moliére [327] chez les Modernes (dont les Ouvrages sont cheris, & le seront tant qu’il y aura des hommes) étoient-ils d’autres hommes que moi ? Voici une plume, voici du papier & de l’encre, voïons s’ils ne pourront pas être les instrumens de ma réputation, comme ils l’ont été de la leur, je marcherai sur leurs pas. Le Soleil qui quitoit le tropique, avoit à peine regagné l’équateur, que l’admirable Eparme se trouva à la fin de la Piéce qui devoit porter son nom de la H * * à L * *, il falut songer à l’édition, & pour se distinguer, ou pour se rendre le Tître plus remarquable, on trouve à propos d’y mettre une gravure qui pût renfermer la devise de l’Auteur : Mais comme c’est l’ordinaire des Grands génies d’orner la tête de leurs écrits de quelque Dédicace remplie de basses flateries ; & d’une Préface qui instruit les Lecteurs du généreux dessein de l’illustre Auteur : Eparme satisfit amplement à cette coûtume.

Zitat/Motto► Un sot en écrivant fait tout avec plaisir,

Il n’a point en ses Vers l’embaras de choisir,
Et toûjours amoureux de ce qu’il vient d’écrire,
Ravi d’étonnement en soi même il s’admire. ◀Zitat/Motto

C’est par un éfet de cette admiration qu’Eparme met à la fin de cet Ouvrage de 3. feuilles un ample Avertissement pour prévenir la contrefaction de ses Ou-[328]vrages, & empêcher que l’imposture ne lui en attribuë, qui ne fussent pas de lui, ou qui étant pleins de fautes, seroient capables de détruire la réputation, qu’il espéroit de son Travail : l’occasion de donner en même tems un Catalogue de toutes ses productions imprimées & manuscrites, étoit trop belle pour la manquer.

Zitat/Motto► . . . . Quodcunque semel chartis illeverit omneis

Gestiet à fumo redeuntes, scire, lacuque,
Et pueros & Anus. . . . . ◀Zitat/Motto

Enfin, Eparme aïant mis ce dernier trait à son Ouvrage, le fait sortir de la Presse, & il a soin d’en faire avertir le Public par des Afiches, & dans les Gazettes ; en un mot, il se croit immortalisé pour jamais, il en a une joïe & un contentement intérieur, que la complaisance de ceux, dont il demande le jugement, entretient & augmente jusqu’à un orgueil & une sote ambition, qui rendent la pauvre Eparme de jour en jour plus ridicule.

Zitat/Motto► K * * * veut rimer, & c’est là sa foiblesse,

Mais bien que ses durs Vers d’Epithétes enflez,
Soient des moindres grimauds du Parterre siflez :
Lui-même il s’aplaudit, & d’une humeur altiére,
Prend le pas au Parnasse au dessus de
Moliére. ◀Zitat/Motto

Metatextualität► le reste est votre affaire, mon cher Censeur, je viens de vous tracer le Caractére d’Eparme, & de tous ceux, qui, comme lui, sont charmez de leurs Ouvrages ; j’attends vos réfléxions avec impatience, ◀Metatextualität »

Polimorphe. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Metatextualität► Donnons un Avis à Eparme sur l’Avertissment qui est à la fin de son petit Livre, c’est que le Sage ne considére pas le nombre des Volumes, il en regarde le prix ; il les péze & ne les comte pas. ◀Metatextualität ◀Ebene 2

A la Haye,

Chez Henri Scheurleer.

Et à Amsterdam chez Jean Wolters. ◀Ebene 1