Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XXX. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.3\030 (1716), S. NaN-190, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1185 [consultado em: ].


Nível 1►

XXX. Discours

Citação/Divisa► Σεμνòς έ’ρως άρετς’ ό δε’ Κυπριδος άισχος όφε’λλει.

Phocyl.

L’amour de la Vertu est bienséant ; mais celui de Venus cause de la honte. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Exemple d’une Dame qui aime les divertissemens de La Ville, & celui d’une autre qui se plaît à la campagne avec son mari. ◀Metatextualidade

Nível 2► Lorsque je considére les fausses impressions que la plupart du monde reçoit, il n’y en a point qui me choque davantage, que cette Humeur badine & folâtre que plusieurs jeunes Dames affectent, à la honte de leur Caractere, & au péril de se rendre malheureuses pour toute leur vie. La Lettre suivante nous donne un Exemple fort naïf de ce mauvais tour d’Esprit, & [185] la Reponse nous dépeint au juste Caractere oposé.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Ma chere Henriette,

« Il faut avouer qae <sic> vous avez bien changé, & que vous êtes devenue tout autre que vous n’étiez. Est-il possible que vous soyez métamorphosee à un tel point, & que vous ayez renoncé à tous les agrémens & à tous les plaisirs du monde ? C’est donc s’enterrer tout en vie que de se marier ? Pour moi, j’aimerois autant qu’on m’enfermât dans le Tombeau de mes Ancêtres, pour y converser avec leurs Ombres, que d’être amenée à la Campagne dans un vieux Château, reduite à m’entretenir avec un Epoux frugal, & une Femme de chambre maladroite. Je m’imagine que, pour la variété, vous allez voir quelquefois l’Epouse de Mr. le Curé de la Paroisse, qui vous reçoit en Robe de cérémonie, & qui vous a sans doute déja donné quantité de bonnes Recettes, pour faire des Onguens, des Potions, des Sirops & des Cataplasmes, aussi bien que pour distiller des Eaux cordiales.

Charmante Solitude ! agréable Retraite ! Mais vous avez beau me vouloir persuader qu’il y a de la douceur, & qu’elle est tout autre que je ne l’ai dépeinte ; je ne vous l’envie pas, ma chere Enfant, & je crains même que vous n’ayez le Cer-[186]veau rempli d’idées Romanesques. Au bout de six mois de Mariage, vous entendre parler d’Amour, & des plaisirs de la Campagne, n’y a-t-il pas là un peu d’extravagance ? On croiroit, à lire vos descriptions, que vous menez la vie des Dieux Silvains, & que vous fréquentez les Allées de quelque Paradis terrestre, aussi bien que le premier heureux Couple de l’Univers. Croyez-moi, laissez-là toutes ces chimeres, & venez ici pour jouir de la vie & parler comme le reste des Humains. D’ailleurs, en qualité de bonne Amie, qui s’intéresse à votre réputation, je voudrois vous donner quelque petit avis pour la premiere fois que vous paroîtrez en Ville sur le pied de Femme mariée. Il y a peut-être de l’effronterie à vouloir conseiller une Matrone ; mais j’ai si grand peur que vous ne fassiez une sote figure avec votre Amour conjugal, que je ne saurois m’empêcher de vous avertir que vous ne devez jamais paroître dans aucun Lieu public avec votre Epoux, ni vous promener ensemble dans le Parc de S. Jacques : Si l’on vous voit en Carosse avec lui faire le tour dans Hide-Park, vous êtes perdue sans ressource ; vous ne devez pas non plus prendre garde l’un à l’autre, soit à la Comédie ou à l’Opera, si vous ne voulez qu’on se mocque de vous, & qu’on vous donne l’épithete de l’heureux couple agréablement uni sous le joug du Mariage. D’un autre côté, vous [187] devez suivre l’exemple d’une de nos Amies, qui est la Femme la plus dégagée & la plus à la mode que nous ayons ; à peine la voit-on jamais avec son Epoux, & lors qu’ils se trouvent par hazard dans le même lieu, vous diriez qu’ils ne se connoissent pas : Elle ne le nomme jamais en son absence, & ne permet pas qu’il fasse le sujet de la Conversation, où elle tient son rôle. Je me flatte ainsi que vour [sic !] prendrez cette Dame pour votre Modéle, & que vous n’aurez pas la sotise de vous imaginer que Porcia, Sabine & les Femmes Romaines sont de plus beaux exemples. Je souhaite du moins qu’il ne vous entre jamais dans la pensée d’imiter ces vieilles Antiques, & de vous produire avec l’habit & les airs d’une Matrone Romaine. Vous servez déja d’amusement à Mademoiselle Modet, lors qu’elle donne du Thé à ses Amies : Elle vous a toûjours prise, à ce qu’elle dit, pour une Personne fort discrette, & d’une prudence admirable pour la conduite d’un Ménage ; elle meurt d’envie de voir cet air grave & sérieux que le Mariage vous a imprimé sur le front ; mais elle ne vous pardonnera jamais de nous avoir enlevé un Homme aussi galant que Bellamour, & d’en avoir fait un honnête Mari. C’est là, sans doute, un péché irrémissible. Quoiqu’il en soit, nous envions toutes votre bonheur, & je suis plus qu’aucune des autres, &c. »

Lydie. ◀Nível 3 ◀Carta/Carta ao editor

reponse.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► « Je vous prie, ma bonne Dame, de ne vous embarasser pas de ma conduite à la Ville ; je ne fréquenterai point les Lieux publics, & l’on ne me verra pas chez les Personnes, où le Caractere d’une Femme modeste est ridicule. Vous avez beau railler sur le Mariage, ce n’est que pure hypocrisie ; vous & toutes les jeunes Demoiselles de votre connoissance ne vous montrez que pour gagner le cœur de quelque Homme de mérite, & lui sacrifier vos charmes & votre fortune. Il n’y a point d’indécence à faire cet aveu ; le dessein est honnête, & toute votre affectation ne le déguisera jamais.

Je suis mariée, & je n’ai autre chose en tête que de plaire à mon Epoux ; je l’aime, & il est l’unique but de tous mes soins ; si je m’ajuste, c’est en sa faveur ; & si je lis un Poëme ou une Comédie, c’est pour être en état de converser avec lui d’une maniere qui lui soit agréable : Il est presque le centre de mes Dévotions, & la moitié de mes Prieres se terminent à demander son Bonheur. J’aime à parler de lui, & toutes les fois qu’on le nomme, je sens un certain plaisir & une douce émotion, que je ne saurois exprimer. En qualité de votre Amie, je vous souhaite un heureux établissement ; mais je suis fâchée de voir, par le stile dont vous [189] m’avez écrit, qu’il y a une troupe de jeunes Demoiselles, qui se piquent de railler de tout ce qui est bon, honnête, & de la bienséance : Le Mariage & les Ecclesiastiques servent de Lieux communs à la froide raillerie des petits esprits & des ignorans. Du reste, j’ai apris bien des choses de l’Epouse de Mr. le Curé, sur laquelle il vous plaît d’exercer votre humeur badine : C’est une Femme discrette, spirituelle, agréable & pieuse ; Je voudrois que vous & Mademoiselle Modet lui tombassiez entre les mains, vous verriez de quelle maniere elle vous releveroit, si vous vous donniez un peu trop de liberté avec elle, je vous répons qu’elle vous feroit si bien rougir de honte, que vos charmes en disparoîtroient. A l’égard de Mr. le Curé, Madame, il honore souvent mon Epoux de ses Visites, & il est d’une conversation si douce & si instructive, qu’il lui fait passer des heures bien agréables, même en son absence, lorsque mon cher Maître est seul à méditer dans son Cabinet, que je n’y suis pas admise. C’est-là, ma bonne Amie, un plaisir qui durera, lorsque les Beautez & leurs fades Courtisans, qui leur servent de Modèles, se trouveront ridicules dans leur vieillesse, hors d’état d’en revenir jamais. Je suis, &c. »

Marie de Lamaison. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 [190]

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Mr. le Spectateur,

« Metatextualidade► Je vous accuserai de n’avoir pas la moindre humanité, & de n’être jamais sérieux dans tout ce que vous nous dites de bon sur le chapitre de la Morale, si vous ne m’envoyez une Réponse catégorique à ma demande. ◀Metatextualidade Voici en peu de mots de quoi il s’agit : Il y a quelques jours que je vis à la Comédie une jeune & belle Demoiselle, qui étoit assise devant moi, sur laquelle j’attachai les yeux, sans pouvoir les en détourner, & qui ne possede aucun Bien, à ce que j’ai oui dire depuis. Je me perdrois de réputation, & je passerois pour l’Homme du monde le plus imprudent, si je me mariois avec elle ; quoique je sache d’ailleurs qu’elle a tant de Vertu, qu’on ne sauroit l’obtenir que par cette voie. Malgré tout cela, mon Esprit en est toûjours si plein, que je suis en danger de faire quelque extravagance, si vous ne donnez au plûtôt vos bons avis à celui qui est, &c. » ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

reponse.

Nível 3► Metatextualidade► Je suis bien fâché, mon cher Correspondant, de votre impatience, & de ne pouvoir répondre à votre demande que par celle-ci : Voudriez-vous vous marier pour plaire aux autres, ou à vous-même ?

T. ◀Metatextualidade ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1